2021 : la radio a 100 ans, la libération des ondes 40 ans

Pleins d’émissions, de reportage sur cet anniversaire et bien entendu Supernana est évoqué.

Voici notre sélection :

Son altesse sérénissime le prince de Haynin a été interviewé par radio Pulse, en écoute ici 

Mercredi 26 mai, pas évoqué mais l’idée est là 🙂

Manu Payet fête la radio, pour l’occasion un de ces jingles a été modifié

Tanguy Pastureau a parlé de Supernana dans l’émission de Nagui sur France Inter.

Il a aussi publié son top 10 des animateurs radios sur son compte Twitter et comme vous le voyez Sup et le prince sont les 2 premiers. Merci à lui.

Bruno Guillon sur Fun Radio, c’était le 31 mai qui recevait pour cette occasion Max, Arthur et Florian Gazan

l’émission complète est à écouter ici

France TV avec l’aide de l’INA a publié une série de reportage fictionné sur la radio. On retrouve bien sûr Supernana

A découvrir ici

Reportage dans l’émission Quotidien le 31 mai

à voir en replay

Entendu le 1er juin sur France Info

Publié le 9 janvier 1994

Dans la vie comme au micro, Supernana en impose. Une gouaille qui sait flatter le tympan, un rire qui déstabilise l’auditeur. Un personnage. Depuis onze ans, elle zappe de radio en radio, sur la bande FM parisienne. Pourtant, à chaque fois c’est la même émission. En 1982, sur la très leste Carbone 14, Supernana animait ” Poubelle Night “, un happening verbal à micros et téléphones grands ouverts. Aujourd’hui posée sur Skyrock, chaque vendredi et samedi de minuit à 4 heures, le coucou des ondes a repris sa recette.

L’émission a perdu son nom, mais conservé son contenu. Les auditeurs _ des adolescents _ appellent, Supernana répond. Un défilé d’angoisses nocturnes et de fous rires. Des flots de paroles sans garde-fou mais sans vulgarité. Supernana veille au grain et n’hésite pas à ” jeter ” l’importun qui s’oublie. Au micro de Skyrock depuis septembre dernier, la diva fait entendre sa différence. Avec elle, c’est l’esprit des radios libres d’antan qui perdure. L’ex-reine des nuits de Carbone 14 a pourtant reçu carte blanche de la direction : ” Ils nous laissent faire vraiment ce que l’on veut. “

Un banco réussi, le créneau horaire, pourtant peu favorable, culmine au top des audiences de la station. Conquis, Pierre Bellanger, le propriétaire, lui a confié en novembre, en tandem avec Laurent Petit-Guillaume, la tranche 19 heures-22 heures pour un ” Tout est possible ” quotidien.

La quarantaine rebondie, Supernana tient salon devant son micro. On parle de tout, de rien, de sexe, de la vie. Rien à voir avec ” Love in Fun ” de Difool et Doc, pour lesquels la diva des ondes a des propos peu amènes. ” Ils parlent de cul avec l’alibi du toubib à des gens qui ne baisent pas. Evidemment, cela les intéresse. C’est du voyeurisme radiophonique. ” Loin des règles policées des radios commerciales, Supernana tient l’antenne en gros plan et son direct. Elle occupe tout l’espace sonore et l’auditeur peut compter ses cigarettes, ses verres et ses éternuements. ” Je n’ai plus de contraintes parce qu’il n’y a pas de publicité ” pendant l’émission. Un relâchement qui met à l’aise, invite à la confidence, même la plus intime.

Mais derrière le rire pointe le sérieux. Qu’un jeune malade du sida, au bord du suicide, appelle en direct, comme une mère attentionnée, l’animatrice lui passe un savon, lui regonfle le moral, redonne de l’espoir. En quelques minutes d’antenne, le désespéré solitaire a gagné des amis, des vacances partout en France et même un travail. ” C’est plutôt positif, ce qui s’est passé. Sans jeu de mots “, revendique l’animatrice dans un grand éclat de rire. ” Je fais de la radio comme j’aime en faire. “

Skyrock, tous les vendredis et samedis, 0 heure (FM Paris : 96,0).

Le Monde

par Sylvie BRIET

publié le 20 février 1996

Skyrock, la radio trublion de la bande FM, ne sait-elle plus quoi

faire pour plaire au CSA? Son président Pierre Bellanger vient d’engager une procédure de licenciement à l’encontre d’une de ses animatrices vedettes, Super Nana. Il lui reproche d’avoir tenu «des propos insultants à l’égard du Conseil supérieur de l’audiovisuel». Le motif ne manque pas de piquant au vu des frasques passées de la radio, tout comme le non-respect d’une sanction du CSA en janvier 1995. La station avait refusé d’obtempérer à l’interdiction d’émission de vingt-quatre infligée par le CSA, suite aux propos d’un animateur se réjouissant de la mort d’un policier. Pierre Bellanger a récemment été condamné à 150.000 F d’amende par le tribunal correctionnel de Paris.

La radio a donc décidé de se refaire une virginité. Dans une interview parue en février dans le mensuel Entrevue, Super Nana parle du CSA en ces termes: «Il laisse passer tellement de trucs que ça me fait rire. A chaque fois qu’on attaque la FM, c’est sur dénonciation, pas sur initiative du CSA. On ne l’a jamais vu monter au créneau parce qu’il avait entendu quelque chose. Je ne sais pas s’il comprend les trois quarts de ce qu’on raconte!» La direction de la station estime qu’il s’agit d’une faute grave. «C’est une règle d’or chez nous, dit Laurent Bonneau, directeur des programmes de Skyrock. Nous laissons une grande marge de manoeuvre à nos animateurs, nous mettons en avant leurs personnalités, mais ils doivent se montrer responsables. Ils ne peuvent tenir des propos nuisant aux intérêts de l’entreprise. On ne peut critiquer un organisme qui nous permet d’exister. Le message que je veux faire passer aux autres animateurs est liberté égale responsabilité.»

Privée de ses émissions depuis quinze jours, Super Nana prend assez mal le message. «Je ne voulais pas faire cette interview, la direction m’y a poussée. Je ne voulais absolument pas insulter le CSA. Lorsque je dis qu’ils ne comprennent pas ce qu’on raconte, j’ai ajouté: sur les radios jeunes. J’ai 42 ans et ce langage est loin de moi également, ce n’était pas méprisant. Leur attitude est assez malvenue de la part d’une radio qui n’hésite pas à embaucher un animateur licencié par Fun Radio!» Ne reconnaissant pas la faute, elle se dit prête à aller aux prud’hommes.

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C’est cette interview qui a fait virer Sup de Sky, le patron de la radio Pierre Bellanger avait peur de la réaction du CSA suite à ces propos tenu dans le journal (à l’époque il espérait avoir plus d’antenne)

Je vous laisse juge de ces propos soit-disant virulent envers le CSA

 

Sur Carbone 14, l’égérie de la radio FM (con)fessait les auditeurs noctambules et salaces.

par Catherine Mallaval

publié le 26 mai 2001

Elle est venue avec Robert, son chien. Son portable rangé dans un étui en peluche, un lapin. Ses chaussettes roses. Son excentricité de 47 ans. Ses rondeurs qu’elle tente de faire fondre. A ce jour, 93 kilos qui donnent un joli coffre à sa voix de fumeuse noctambule. Très bel organe qui en 1981 fit irruption sur la FM et causa là une déflagration. La marque de fabrique de Supernana, héroïne de feu la très active Carbone 14. Fichue nana qui se fit un nom en animant Poubelle Night, émission durant laquelle elle confessa (et fessa, du moins verbalement) une foule d’insomniaques à coups de répliques entre suave et salace. Super grande gueule qui vous rabrouait les mâles qui faisaient les malins à coups de «Tape ta queue sur le téléphone qu’on l’entende, mon gros»…

Autre époque, qu’elle redéroule sans nostalgie, mais avec un gros regret: la folle expérience des radios libres «n’a servi à rien, puisque les grands réseaux ont bouffé la FM». Autres moeurs: «Qu’est-ce qu’on entend sur la bande FM aujourd’hui lorsque les auditeurs appellent? Des phrases comme: “ma copine m’a volé mon copain”. Passionnant! Aujourd’hui, on ne jure que par les cibles. Résultat, la bande FM n’est faite que de ghettos. Nous, on parlait de tout. Et à tout le monde. La preuve? Arletty, qui m’écoutait, m’a un jour invitée à déjeuner.»

Canulars. C’était il y a vingt ans, un temps déraisonnable où une bande de jeunes qui s’appelaient Jean-Yves Lafesse, David Grossexe (le comédien Jean-François Galotte), Robert Lehaineux (le Michel Fiszbin de la télé associative Zaléa TV) et tant d’autres prenaient les ondes pour une machine à faire des coups (et les cons). C’était sur Carbone 14, radio présidée par un certain Domini que Fenu, où l’on s’amusait à échanger des trucs pour ne pas payer son électricité; où l’on reçut Roger Peyrefitte à poil, quand on ne montait pas d’énor mes canulars. Ainsi, la radio annonça-t-elle, dépêche falsifiée à l’appui, la mort de Mick Jagger. Scoop que toute la presse s’empressa de repren dre, avant de se presser pour assister à l’anthologique nuit d’amour en direct de la station. «On avait pris un auditeur et une fille qu’on avait payée. On a rameuté les journalistes, les photographes, et c’était parti. On voulait se faire de la pub sur leur dos. On les a bien eus. Parce que, franchement, pour l’auditeur, notre couple aurait aussi bien pu faire semblant», ironise-t-elle en mimant des sons orgasmiques à faire pâlir le voisinage.

A cause d’un garçon. «Con trairement à ce que l’on pourrait croire, nous ne cherchions pas à provoquer, mais à bien faire comprendre qu’il ne faut pas croire tout ce que l’on entend, tout ce que l’on dit», explique celle qui devint l’égérie de Carbone. Chroniquée par Claude Sarraute, encensée par Jacques Lanzmann. Mise en bandes dessinées par Jean Teulé. Tout ça, à cause d’un garçon…

«Un jour de 1981, un mec me largue, je pleure, j’écoute la radio. Je tombe sur Carbone 14 et sur Jean-Yves Lafesse, qui parlait des gros et des grosses. J’appelle et je dis: “Je suis grosse, belle, curieuse et je baise. Et d’ailleurs, je vais venir vous séduire.”» Il est 4 heures du matin, elle prend un taxi, et débarque dans les studios: «En arrivant, je me suis dit: voilà, c’est ce que je veux faire. De la radio. Pour pouvoir discuter en direct avec les gens.»

Oubliées les années difficiles de la gosse née à 5,2 kilos dans le Nord, à Fourmies, élevée par maman, fille de cheminot, quittée par papa, fils de marquise. Jeté par-dessus bord son vrai prénom, qu’elle ne veut même plus voir mentionné. A Carbone, l’ex du Crédit Lyonnais très vite passée «de la comptabilité à la CGT» va devenir la Supernana dont elle rêvait. «Au début, la bande de mecs m’a dit: “T’es gentille, repasse.” Mais j’ai fait le siège. Au bout d’un moment, ils m’ont demandé de quoi je voulais parler, j’ai dit: “De cul!” Ils se sont dit: “Tiens, on n’a pas de fille pour ça.” Alors, ils m’ont gardée.»

«C’est vieux tout ça…» La belle se lâche. Certains se fâchent. Elle s’en fout. «Nous étions tous des libertaires dans le sens désorganisés! Alors, quand la gauche a voulu légiférer, ils nous ont considérés comme ingérables!» Résultat, en août 1983, veille de la Saint-Barthélemy, Carbone 14 est la première radio saisie. «A cette épo que, nous avions déménagé dans un immeuble en banlieue. Ils ont tout cassé, tout emporté, coupé tous les fils. Quand je pense que la gauche, pendant ce temps, a laissé des radios d’extrême droite continuer à émet tre. Je sais que Fillioud (1) a regretté plus tard… Mais c’est vieux tout ça…» Après Carbone, un passage à Ici et Maintenant, Supernana reprend du service en 1992 sur Skyrock, invitée par Bellanger. Et c’est reparti. Elle redevient reine de la nuit jusqu’à ce qu’elle soit virée en 1996. «Soi-disant parce que j’avais insulté le CSA dans un entretien à Entrevue. Tu parles! A mon avis, Bellanger avait peur pour ses fréquences.»

En septembre, elle retâte de la radio sur le Net. Assure, en ce moment, la communication du Gibus, la boîte de nuit. Désespère de repren dre le micro. «Aujourd’hui, les nanas, on ne les laisse pas parler. C’est simple, ou elles font de la pub ou on les fait passer pour des idiotes. Franchement, à part Macha Béranger, je ne vois pas.».

(1) Ministre de la Communication de l’époque.

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par Catherine Mallaval

publié le 15 septembre 2007

Une voix de fumeuse noctambule à vous faire déjanter le transistor. Un esprit à décaper le gnangnan latent. Ça, c’était Supernana. Sacrée bonne femme, qui fut l’opulente égérie des années radios libres, héroïne de feu la sulfureuse Carbone  14, que les fans des années 80 forcément pleureront.

La belle, qui sévit, un temps, sur Skyrock et devait reprendre du micro sur Europe 1, s’est fait la belle hier, emportée à 53 ans, par une longue maladie, comme on dit. Et il y a gros à parier qu’il n’y aura plus de nana super capable de vous rabrouer en direct quelque mâle arrogant d’un bon : «Tape ta queue sur le téléphone qu’on l’entende, mon gros !»

 

Oui, c’était un temps déraisonnable où une bande de jeunes qui s’appelaient Jean-Yves Lafesse, David Grossexe (le comédien Jean-François Galotte), ou Robert Lehaineux (le Michel Fizbin de la télé associative Zaléa) avait pris les clés des ondes.

Une nuit de 1981, alors que Lafesse dissertait sur Carbone 14 des gros et des grosses, Supernana appela la station : «Je suis grosse, belle, curieuse, et je baise. D’ailleurs, je vais venir séduire.» L’avait pas menti, la gosse née dans le Nord, ci-devant employée du Crédit lyonnais. A 4 heures, elle est là. Fait le siège. Et très vite empêche les auditeurs de dormir dans Poubelle Night, où elle conjugue suavité et salacité, pendant que la station enfile les canulars : fornication en direct (avec un couple payé pour), annonce de la mort de Mick Jagger.

«On ne cherchait pas à provoquer, mais à faire comprendre qu’il ne faut pas croire tout ce que l’on entend. C’est vieux tout ça.» confiait-elle à Libé, en 2001. Sans nostalgie mais avec un regret : «Aujourd’hui les nanas, on ne les laisse pas parler. Ou elles font de la pub, ou on les fait passer pour des idiotes.»

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Moment de détente dans les locaux de Carbone 14. DR

par Isabelle Hanne

publié le 16 novembre 2011

Ça, c’est de l’alchimie : transformer une radio municipale à la botte de la mairie RPR du XIVe arrondissement parisien en un laboratoire incroyablement trash, déconneur, créatif et drôle. Carbone 14 aurait 30 ans ces jours-ci, n’eût été son interdiction moins de deux ans après sa naissance. Pour célébrer cet anniversaire, sortent un DVD, Carbone 14, le film , réalisé par Jean-François Gallotte et Joëlle Malberg (lire ci-contre), et un livre, Carbone 14, histoire d’une radio mythique , (INA éditions), de l’historien des médias Thierry Lefebvre. Lancée sur les ondes parisiennes le 14 décembre 1981, après l’élection de Mitterrand et ses promesses d’une bande FM libre, elle disparaît le 17 août 1983. Carbone 14 est même la première radio interdite d’antenne par le gouvernement socialiste.

Entre les deux, «une fugace période d’impunité et de défoulement» selon Thierry Lefebvre, un long vide juridique offre une liberté inouïe à Carbone 14, «la radio qui vous encule par les oreilles» . Rien que ça. Tout commence un jour de septembre 1981 par une petite annonce dans Libération «Radio dite libre cherche animateur(trice) pour s’en payer une tranche horaire, prix en fonction de la pub ou pas. D’ici là, délire à gogo et à l’œil. Si tu as des idées originales et pas mal de temps libre, appelle GERARD.» Y répondent, entre autres, Michel Fiszbin, Jean-François Gallotte, Pascal Gilhodez, Jean-Yves Lambert… Derrière le micro, ils prennent les poétiques pseudos, respectivement, de Robert Lehaineux, David Grossexe, José Lopez, et Jean-Yves Lafesse. Fiszbin, plus expérimenté, est propulsé animateur en chef. C’est lui qui initiera les premières supercheries radio, avec une fausse prise d’otage de l’antenne, puis avec l’Amour en direct , qui met en ondes la relation sexuelle (feinte ?) de deux auditeurs dans le studio.

Le Gérard de la petite annonce de Libé s’appelle Fenu. Pubard corse, il devient le sulfureux directeur de Carbone — financement opaque, amitiés politiques diverses, activités clandestines… «Sur Carbone 14, il y a beaucoup de légendes, et très peu d’infos» , souligne l’historien Thierry Lefebvre, qui n’a pu mettre la main sur aucune des archives de l’entreprise. Fenu est un ex-militant socialiste qui a su gagner les faveurs d’Yves Lancien, le député-maire de droite du XIVe arrondissement. Fenu y possède un vaste bâtiment au 21, rue Paul-Fort, qui logera la radio. À l’évidence, son but est de passer de la réclame à l’antenne. Sauf que la loi de novembre 1981 qui libéralise les ondes, interdit le financement des radios par la pub… En revanche, niveau «délire à gogo» , Fenu sera servi : libre-antenne cul et culte ( Poubelle Night , animée par Supernana, alias Catherine Pelletier, décédée en 2007), supercheries radiophoniques (dé)culottées ( Lafesse Merci , lire ci-contre), émissions d’actu (le T’auras du boudin show ), sur la BD ( la Traite des planches ), et new-wave occupent le 97.2. De son côté, le maire Lancien amène une autre équipe qui s’occupe de l’info, tentative de garder la main sur la radio qu’il aurait en partie financée. «Il y a d’un côté des gens de droite avec une certaine représentation du monde, et de l’autre, des anars pas disciplinés , raconte Lefebvre. Très vite, c’est le clash : dès janvier 1982, il ne reste plus qu’une équipe d’animateurs déjà incontrôlables. Et un patron, Fenu, qui prône la surenchère.»

La radio sait faire parler d’elle, et gagne des auditeurs. Mais les anti-Carbone sont nombreux — France Musique, souvent brouillée par l’émetteur de la radio ; le voisinage qui ne supporte plus la débauche ; les autorités excédées par cette bande de dégénérés… À commencer par Fenu et sa grande gueule qui, comprenant que sa radio ne sera pas retenue par la toute nouvelle Haute Autorité, s’égosille à l’antenne contre «François la Francisque» Mitterrand, «le sauteur de l’Observatoire» … À partir de mai 1983, toutes les radios non autorisées deviennent, de fait, illégales. En août, les forces de l’ordre démantèlent Carbone 14, faisant taire cette radio de la «pornophonie» , et coupant le micro à une bande de mecs fous et au rire de fumeuse de Supernana.

«Carbone 14, le film»

À l’automne 1982, Michel Fiszbin lance l’idée d’un film sur Carbone 14. Ce sera chose faite en trois jours et trois nuits, «avec des caméras volées et de la pellicule volée» , rigole Jean-François Gallotte. Carbone 14, le film , exhumé trente ans plus tard, est sorti en DVD la semaine dernière.

Malgré un montage minimaliste et une prise de son pas terrible, le film témoigne de la folie ambiante. Mais sur son authenticité, il ne met personne d’accord. «C’est un film complètement joué, refait, et pas du tout un documentaire ! s’exclame Lafesse. Pour moi, c’était une sorte de happening privé.» À l’inverse, pour Gallotte, le film est «un document brut, historique, qui saisit l’époque et l’énergie de la radio : ça, on ne peut pas le reconstituer» .

L’historien Thierry Lefebvre, lui, parle d’un «docu-fiction» : le film contient certains éléments documentaires (les standardistes au travail, un animateur, Winoc qui improvise à la guitare électrique…), et d’autres séquences «reconstituées» , ou «clairement provoquées par Gallotte, comme la fameuse scène que Lafesse ne supporte pas [une fellation en studio, ndlr]» «Et alors, rétorque Gallotte, dans le film, on me voit bien violer Sapho !»

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par Isabelle Hanne

publié le 16 novembre 2011

Jean-Yves Lambert, alias Jean-Yves Lafesse.

«L’expérience Carbone 14, ça n’a rien de glorieux ! Je ne ressens rien de l’ancien combattant. Pour moi, ce sont des conneries qui appartiennent au passé. C’était très violent : il y avait des joutes politiques à l’intérieur de la station. Fenu, le patron, était un mec très trouble. Les flics venaient souvent. Il y avait des types, payés au black, qui imprimaient des tracts au sous-sol de la radio, au 21, rue Paul-Fort. La radio était détenue par le RPR du XIVe arrondissement…

«Tout le monde était bénévole. A la radio, il y avait des punks, des toxicos, des babas, des alcoolos, des communistes, des libertaires, des autonomes… Carbone 14, c’était un équilibre permanent entre l’implosion et l’explosion. Malgré nos grandes gueules, on était jeune. Y en a qui sont tombés dans la poudre. Y a eu des coups de feu… C’était vraiment tumultueux. Moi je me considère comme un survivant de Carbone 14. On travaillait dans les conditions de l’époque : chaotiques, la gauche qui arrive au pouvoir… Le directeur des programmes changeait tous les quinze jours. C’était une sorte de magma. Un volcan tout le temps en éruption. Un volcan qui s’est éteint quand la radio a été interdite : la lave s’est solidifiée, et il ne reste rien à part la nostalgie.

«Moi, c’est à Carbone que j’ai commencé mes impostures téléphoniques. Je voulais plonger l’auditeur dans des univers. J’avais une émission de minuit à 4 heures du matin, Lafesse merci . J’étais le cobaye des auditeurs, je tentais des expériences, et les gens réagissaient. Par exemple, une fois j’ai voulu faire un truc sur la zoophilie. J’ai ramené un chien en studio, et j’ai fait croire qu’un auditeur le sodomisait. Tous les défenseurs des animaux se sont déchaînés au standard. Les gens sont à fleur de peau sur ce sujet ! Et puis les autres qui savaient que c’était bidon, ils se régalaient.

«J’avais 23 ans à l’époque, j’avais quitté mon squat. Y a eu des moments formidables ! Plein d’artistes passaient à la radio, surtout des gens de la nuit. Pour les auditeurs, ça devait être quelque chose d’incroyable. Mais, en studio, l’air était irrespirable. Tous ceux qui fabriquaient cette radio allaient aux extrêmes de leurs possibilités d’expression, de création.

Je comprends la logique qui a fait que cette radio a été interdite. Je ne dis pas que j’y étais favorable. Carbone 14, ça a été deux ans avec une pression incroyable. C’était un sac de nœud, parce que celui qui était au centre de ça n’avait pas de limites. Nous, on était ses danseuses.»

«C’était un délire perpétuel»

Jean-François Gallotte. alias David Grossexe

«Je ne comprends pas pourquoi Jean-Yves [Lafesse] n’est pas fier de tout ça, de Carbone 14, du film. Y avait quelque chose de libre là-dedans ! On s’est tous découverts dans la liberté d’expression. Tu ouvres les vannes, et tout le monde s’engouffre. Carbone, ça m’a construit, ça nous a tous construits. A Carbone 14, j’avais un rôle de coach. J’étais un peu moteur, j’intervenais sur plusieurs émissions. Par exemple, si le type invité à l’émission littéraire était chiant, moi je le menaçais de “gros sexe” ! J’arrivais en studio, je lui disais “déshabille-toi” . T’imagines, pour trouver du boulot après ça…

«À l’époque, il n’y avait que des mecs sur les radios libres. C’étaient vraiment les années machos ! Et là, sur Carbone 14, Supernana a débarqué. Cette femme qui travaillait à la banque, avec sa voix, elle a enflammé la bande FM. Poubelle Night , c’était un dialogue entre les auditeurs et une femme. Rien n’était filtré. Supernana, elle a démodé Macha Béranger en une soirée. Evidemment, elle faisait de l’ombre aux autres à Carbone.

«Il n’y avait pas que du cul sur Carbone : 50 millions de voleurs , par exemple, expliquait comment voler dans les supermarchés. Y avait des émissions musicales, littéraires, sur le tuning, des petites annonces… C’était un délire perpétuel. On avait des envies de fête. Y avait de la drogue, de l’alcool, pas plus qu’ailleurs. Des mecs passaient à la radio nous offrir des bouteilles. C’était ouvert, c’est l’époque des squats. On foutait la merde. Chacun faisait ce qu’il voulait. Quelqu’un arrivait, et s’il n’était pas donneur de leçons, on lui disait : “Prend le micro et ferme-la !”

«Jean-Yves a beaucoup de génie. Une fois, il était allé dans une cabine téléphonique, moi j’étais à la radio, et il se faisait passer pour un violeur. Il avait dit où il était dans le XVIe, pour mesurer notre taux d’écoute. Plein de gens sont venus ! Y a eu l’épisode de l’Amour en direct , la fausse prise d’otage… Tous les soirs, c’est ouvert. Tous les soirs, quelqu’un avait une idée ! C’était pas comme maintenant, où tout est très encadré, prévu à l’avance. Parfois même, l’idée venait en cours d’émission.

«À partir du moment où il y a eu la Haute Autorité [en décembre 1982, ndlr] , ça a été la fin des radios libres. Ça, c’est vraiment un des fiascos des socialistes. Et on en paye aujourd’hui les conséquences : on est dans une société complètement bloquée. Il faut arrêter avec le CSA ! Aujourd’hui, on a la même absence de liberté d’expression qu’en 1976. On est sous Giscard ! Y a rien, on entend les mouches qui volent !»

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Alexandre DUVAL pour ARTE Radio a réalisé un reportage sur les ondes années 90, avec Michael, président de Ciel ma Sup qui parle de Supernana :

 

“Il est tard. La radio est sous les draps, le walkman sur les oreilles. Comme chaque soir la France adolescente écoute en cachette les émissions de libre antenne qui, dans le sillage de ‘Lovin’ Fun’, bousculent la FM des années 90. Sexualité, prévention, banlieue… Le lendemain au collège on ne parle que de ça. ARTE Radio croise les témoignages d’auditeurs de toute la France avec les archives de Doc et Difool, Tabatha Cash, Maurice, Supernana… Rires, émotions et madeleines musicales.”